Analyse littéraire :


herve-bazin.jpg Vipère au poing, Hervé Bazin, (1948)

 

Extrait :

 « Je dois ajouter aux décisions de votre père diverses propositions que je ne prends moi-même en tant que maîtresse de maison.

En premier lieu, je supprime les poêles dans vos chambres : je n’ai pas envie de vous retrouver asphyxiés, un beau matin.
Je supprime également les oreillers : ils donnent le dos rond. Les édredons suivront les oreillers.
Une couverture en été, deux en hiver suffiront largement. A table, j’entends que personne ne parle sans être interrogé. Vous vous tiendrez correctement, les coudes au corps, les mains posées de chaque côté de votre assiette, la tête droite.
Défense de vous appuyer au dossier de votre chaise. En ce qui concerne vos chambres, vous les entretiendrez vous-mêmes. Je passerai l’inspection régulièrement, et gare à vous si je trouve une toile d’araignée !
Enfin, je ne veux plus voir cette tignasse de bohémiens. Désormais, vous aurez les cheveux tondus : c’est plus propre.
- Aux colonies, répéta le père Trubel, dont la pipe venait de s’éteindre, la chose est réglementaire.
- Mais, objecta courageusement Mademoiselle, c’est que nous ne sommes pas aux colonies. Il fait froid et humide, en ce pays.
- Les enfants s’habitueront, Mademoiselle, reprit sèchement Madame Rezeau.
J’ai retrouvé la tondeuse qui servait à tondre Cadichon, le petit âne que ma belle-mère employait pour faire des courses au village, jadis.
Je tondrais moi-même ces enfants. »

 

Analyse :

 

Cet extrait de Vipère au poing écrit par Hervé Bazin et publié en 1948, a pour objectif selon moi, de démontrer un exemple d’autorité parentale dite « stricte. »
Cet extrait présente une unique intervention de la mère vis à vis de ses enfants, qu’elle vient tout juste de retrouver après de longues années d’absence (un abandon de sa part) et son intervention survient à la suite de celle du père.
Grâce à la lecture du livre, on remarque qu’ils ont d’ailleurs le même objectif au sein de leurs discours : leur imposer des limites.
La mère va donc exposer aux  enfants un certain nombre de règles à appliquer :
On comprend directement le caractère de la mère en lisant son discours et cette dernière n’adopte pas un comportement adapté envers ses enfants.
Après lecture du livre, on comprend que la mère et ses fils ne se sont pas vus depuis de nombreuses années, ce qui peut expliquer cette distance que peut ressentir le lecteur.
On remarque également qu’elle ne considère pas ses enfants comme tels ; et qu’elle les traite comme des moins que rien « Désormais, vous aurez les cheveux tondus. »

On peut également y voir une notion de maltraitance psychologique envers ses enfants. 

Son récit est d’ailleurs perçu de manière négative : elle n’évoque que des « interdits » et ne leurs expose aucun droit et aucun point positif.
La plupart du temps, lors de son intervention, s’ensuit une justification car la mère souhaite prouver à ces enfants que ses interdits leurs assurent une certaine protection. « je supprime également les oreillers, ils donnent le dos rond. »
La mère fait donc comprendre implicitement qu’elle n’est en aucun cas prête à assumer son rôle.

Elle va cependant être intransigeante avec ses deux fils, et leur infligera une punition au moindre écart de conduite et au moindre non-respect d’une de ces règles.

 

 

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35 kilos d’espoir, Anna Gavalda (2002)

 

Extrait :

 

« Ce soir-là, au dîner, l’ambiance était plus détendue. Ma mère m’avait fait un croque-madame, mon plat préféré, pour me remercier, et mon père n’avait pas allumé la télé.
C’est lui qui a parlé le premier :

- Tu vois, ce qui est agaçant avec toi, bonhomme, c’est que tu es doué quand même… Alors, qu’est-ce qu’on peut faire pour toi, pour t’aider ? Tu n’aimes pas l’école, c’est un fait. Mais l’école est obligatoire jusqu’à seize ans, tu le sais ça ?
-
J’ai hoché la tête.

- C’est un cercle vicieux : moins tu travailles, et plus tu détestes l’école ; plus tu la détestes, et moins tu travailles. Comment vas-tu t’en sortir ?
- Je vais attendre d’avoir seize ans, et je remonterai mes manches.
- Mais tu rêves, là ! Qui t’embauchera ?
- Personne, je le sais, mais j’inventerai des choses, et j’en fabriquerai d’autres. Je n’ai pas besoin de beaucoup d’argent pour vivre.
- Oh, ne crois pas ça ! Bien sûr, tu n’as pas besoin d’être aussi riche que l’oncle Picsou, mais il t’en faudra quand même plus que tu ne le penses. Il te faudra acheter des outils, un atelier, un camion… que sais-je encore ? Peu importe, laissons là cette histoire d’argent pour le moment, ce n’est pas ça qui me préoccupe. Parlons plutôt de tes études… Grégoire, ne fais pas la grimace comme ça, regarde-moi, s’il te plaît. Tu n’arriveras à rien sans un minimum de connaissances. Imagine que tu inventes un truc formidable. Il faudra que tu déposes un brevet, n’est ce pas ? Et donc que tu le rédiges en français correct… Et puis, on n’apporte pas une invention comme ça, il faudra des plans, des échelles, des cotes pour être pris au sérieux, sinon tu vas te faire piquer ton idée en moins de deux..

- Tu crois ?

- Je ne crois pas, j’en suis sûr.

Tout cela me laissait perplexe, je sentais confusément qu’il avait raison. »

 

Analyse :

 

Cet extrait de 35 kilos d’espoir écrit par Anna Gavalda en 2002 fait ressortir un dialogue entre un père et son fils, Grégoire âgé de treize ans.
On remarque que le jeune garçon est le narrateur de l’extrait, ce qui va faciliter une certaine compréhension de la part du lecteur, sur le ressenti personnel de Grégoire.
Le dialogue présent au sein du passage, met en avant la volonté du père, qui souhaite que son fils respecte certaines valeurs qui lui tiennent à cœur ( école, études supérieures..)
Le fils va ensuite répondre en présentant une opposition face à la réaction de son père.
Il va également insister sur le fait qu’il se sent apte à assumer son choix, qui est d’arrêter l’école dès qu’il en a la possibilité, mais également qu’il souhaite réaliser ces rêves.
Les arguments du père de Grégoire vont avoir pour objectif de faire changer d’avis ce dernier, et qu’il accepte les décisions de son père.
Il va donc se servir de son statut de père et de son expérience afin de convaincre son fils, de suivre la voie qu’il décide pour lui.
L’extrait met donc en avant : une certaine ouverture d’esprit de la part du père car ce dernier instaure le dialogue avec son fils, sur un sujet présentant des opinions différentes de la part des deux personnages.
De plus, l’autorité parentale va être mise en avant par le fait que le parent ici présent va tout faire pour que sa volonté soit respectée, il va même utiliser des arguments dans le but de décourager son fils « Il te faudra acheter des outils, un atelier, un camion… que sais-je encore ? »
Cet extrait va donc mettre en avant une autorité « stricte » mais plus moderne que dans l’extrait précédent car dans celui-ci on remarque la présence d’un dialogue.